roumanie

Le cimetière joyeux

« Cimetière » et « Joyeux » deux mots que l’on ne penserait probablement pas à associer dans nos régions. Et pourtant ici ils ont osé! J’ai une véritable admiration pour la relation que les roumains ont, en général, avec la mort, je pense qu’en matière de deuil, ils ont tout compris et nous rien. Chez nous la mort est (devenue?) un tabou, on en parle pas, on la fuit. Les cimetières sont des lieux tristes et sans vie. Ici c’est tout le contraire.
Lors qu’un décès survient dans une famille beaucoup de choses sont codifiées, il y a les choses qu’on ne peut pas faire, en particulier faire le ménage (on imagine aisément la symbolique de ceci) , il y a aussi les choses que l’on doit faire comme cuisiner abondamment pour préparer le banquet de l’enterrement. Dès que la dépouille est installée dans son cercueil la maison est ouverte et tout qui veut peut venir rencontrer le mort et partager un moment avec lui et sa famille.
J’ai eu l’occasion lors de précédents voyages de rencontrer des enterrements, le mort est promené dans toute le village dans un cercueil ouvert. La famille invite tout le monde à rencontrer son mort, même à le photographier. À chaque carrefour le cortège s’arrête, on chante on prie, on pleure bruyamment sans tabou, on partage son deuil. Le cercueil n’est finalement fermé qu’au moment de le descendre dans la tombe pour un dernier adieu. Ensuite la famille, les amis, les connaissances et les invités (qui sont parfois de parfaits inconnus voire des touristes) se retrouvent pour un banquet traditionnel. Pendant la première année du deuil on fait d’autres banquets après des durées bien précises et codifiées.
Un moment important de l’année est le WE qui suit directement celui de la Pâques orthodoxe, c’est la fête des morts. Contrairement à notre triste Toussaint, ici il s’agit vraiment d’une fête. Chaque famille se retrouve au cimetière sur la tombe des siens pour un pique-nique. On chante, on rit, on boit avec les morts et bien sur on invite les autres et on partage. Lors d’un autre voyage, je me suis ainsi retrouvé à discuter avec une famille, un verre dans une main un morceau de gâteau dans l’autre. La tradition veut que la première goute de chaque verre soit versée sur la tombe pour que les morts puissent aussi en profiter (mais pas trop parce qu’ils ont souvent). Les gens qui m’avaient invités m’ont aussi présenté les tombes de leur famille, ils m’ont expliqué leurs traditions. J’ai trinqué avec chaque ancêtre! Jamais je n’avais vu autan rire, autan boire dans un cimetière. Un peu comme dans le film « les vieux de la vieille »! Pour ceux qui connaissent ce vieux classique. Il y a aussi les alcoolos qui profitent de la tradition d’inviter les autres pour venir boire à l’œil. Ambiance assurée!
Mais revenons à la visite du jour, le cimetière joyeux de Șapanța. Ici un habitant du village, était il le fossoyeur? Je n’en suis même pas sûr, à pendant des années réalisé lui même les monuments funéraires des tombes en peignant des caricatures de chacun représentant leur vie en rédigeant aussi une épitaphe sous la forme de quelques rimes naïves et souvent humoristiques. Loin d’être un lieu triste, le cimetière de Șapanța est ainsi devenu une chronique de la vie d’un village, aussi un lieu d’humour où la mort fait moins peur puisque l’on se permet d’en rire. Plutôt qu’un triste lieu de regret, le cimetière de Șapanța est ainsi, aussi devenu une ode à la vie. Un lieu vraiment émouvant dans lequel je n’ai qu’un seul regret, je ne maîtrise pas assez le roumain pour pouvoir lire les épitaphes en détail, le dois me contenter des dessins.
Le cimetière est classé monument historique depuis quelques années mais reste un lieu vivant puisqu’un disciple du premier artiste à pris sa succession et continue l’œuvre à chaque décès.
À tout seigneur tout honneur, la tombe Ion Stan Pătraș, l’artiste qui réalisa près de 800 monuments funéraires. L’œuvre d’une vie!
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Un médecin réputé pour ses bons soins.
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Un poivrot, il y en a plein!
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Un couple d’agriculteurs.
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Une dame très pieuse.
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Une dame réputée pour ses bons petits plats.
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J’en passe… Un lieu à voir.
Et le jour où ça m’arrivera, j’aimerais que ma tombe soit fabriquée ici! Puis que vous veniez régulièrement boire des coup avec moi! Et ceci n’est pas tout à fait une blague!
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6 thoughts on “Le cimetière joyeux

  1. hertje dit :

    Très intéressant !!
    Hum, pour ce qui est de t’enterrer, ce sera fait de ton vivant : je te prends à l’afond quand tu veux 🙂
    Prosit, frangin !

    • La relation ici avec la mort est vraiment un sujet que je compte creuser parce que de la découlent beaucoup de choses dont les légendes de Dracula, les vampires… Vraiment il y a un boulot d’ethnologie à plein temps sur une vie pour qui veut

  2. hertje dit :

    Pour un récit d’anthropologie (mais en Roumanie): « Où sont passés les vampires ? » d’Ioanna Andreesco, chez Payot (2004). L’ambiance décrite est beaucoup moins joviale…

    • Oui Gilon toutes les mêmes, sûrement si on le regarde de très loin. Un peu comme toutes les cathédrales gothiques finalement une fois que tu as vu une ogive c’est bon tu peux passer à autre chose… 😉

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